Cette interview est la première d’une petite série que je compte réaliser pour faire découvrir le travail d’innovation proposé par certain(e)s acteurs/trices de l’enseignement. Découvrir de nouvelles méthodes, partager des expériences pédagogiques, c’est aussi ça PedagoGeek.

Je vous propose donc de découvrir la classe de monsieur Jonet, un univers pédagogique inspiré du monde de J.K. Rowling.

Bonjour Monsieur Jonet, peux-tu te présenter brièvement afin que nos lecteurs fassent un peu ta connaissance ?

Bonjour à tous, je m’appelle Jeoffrey Jonet. Je suis diplômé en sciences humaines de la HELHa de Braine-le-Comte (Belgique). Après quelques années d’enseignement, j’ai souhaité innover à plus grande échelle que simplement au sein de mes cours. C’est pour cela que j’ai créé cet univers Harry Potter dans la classe où je suis titulaire.

Plutôt Pédagogue, plutôt Geek ou plutôt les deux ?

Plutôt les deux. En effet, je pense qu’à l’heure des nouvelles technologies, l’un ne va plus sans l’autre. Il faut sans cesse se remettre en question et se mettre à jour afin d’intéresser les élèves et de dynamiser nos pratiques pédagogiques. Le développement de la motivation reste un objectif primordial pour moi.

Si j’ai souhaité t’interviewer, c’est parce que j’ai entendu dire que tu étais parvenu à transformer ta classe en Poudlard. Peux-tu nous confirmer ce fait ?

En effet, depuis le 1er septembre 2017, j’ai installé dans la classe où je suis titulaire ce que j’appelle un scénario. J’ai expliqué aux élèves que cette année, ils deviendraient de jeunes sorciers. En parlant de sorcellerie, rien n’est mieux adapté que l’univers d’Harry Potter.

Comment t’es venue cette idée ?

Je suis un grand fan de cette saga et ce n’est pas la première fois que je vois un enseignant installer un univers quelconque dans sa classe. Cependant, à chaque fois que j’ai constaté ce fait, cela se déroulait dans l’enseignement primaire. J’ai donc retravailler le projet afin de l’adapter à l’enseignement secondaire.

Restreins-tu l’usage de la magie durant les cours ?

Nous sommes tout de même dans une école remplie de moldus. La magie n’opère donc que dans la classe 1C11. Par contre, la plupart de l’équipe pédagogique collabore et participe au projet. Cela est vraiment super car l’univers se prolonge dans quasiment tous les cours du tronc commun. Les autres professeurs me font part de leurs remarques via un carnet de classe, également aux couleurs de la saga, et j’encode les points pour les différentes maisons sur mon site.

Y a-t-il des formules interdites dans la classe de Monsieur Jonet ?

Je n’ai pas instauré de véritables formules. Par contre, nous suivons dans notre classe certaines règles imposées par l’école Poudlard. Elle proviennent surtout du cinquième opus lorsque le personnage de Dolores Ombrage s’immisce dans la discipline de l’école de sorcellerie. En effet, j’ai repris les règles du monde des sorciers qui corroboraient avec celles du règlement du Collège Saint-Augustin.

Quelle est la procédure de mise en place que tu as suivie ?

Lors des premiers jours de l’année, nous avons droit en tant que titulaire à une ou deux matinées seul avec notre classe. C’était le moment opportun afin de mettre en route ce projet de classe. Pour commencer, j’ai demandé aux élèves de m’apporter une photo d’eux lorsqu’ils étaient tout jeunes, je m’explique dans un instant.

Ensuite, toute la mise en place du scénario commence : je présente celui-ci par l’intermédaire de la vidéo « apprendre en jouant : Harry Potter dans ma classe ! ». Le concept est alors en grande partie installé.

Il me reste encore à répartir les élèves dans les différentes maisons. C’est pour cela que j’avais besoin des photos de mes élèves. J’ai ajouté les photos de mes élèves bébé à mon powerpoint de présentation. La répartition pouvait commencer.

Une fois sa photo affichée au tableau, l’élève s’avance et s’assoit sur la chaise placée devant la classe. Je place alors le choixpeau sur sa tête et après une brève présentation, le choixpeau dirige le jeune sorcier au hasard dans une des quatre maisons de la saga.

Quelles sont les ressources nécessaires pour mener à bien un tel projet ?

Pour peu qu’on soit un minimum bricoleur, il ne faut pas grand chose. Après, plus on développe, plus le travail devient important à la maison. Toutefois, ce travail se répercute sur le groupe et cela a pour effet de le dynamiser et de décupler la motivation.

En guise de base, j’utilise des feuilles où sont imprimées des briques rouges afin de créer le portail de la célèbre voie 9 ¾ . Je pose sur celui-ci d’autres feuilles représentant les blasons des différentes maisons.

Il faut également un système pour compter les points. Ma première idée pour comptabiliser ceux-ci était de plastifier des feuilles blanches afin de pouvoir effacer et mettre à jour les points sans matériel supplémentaire. Cependant, cela prenait trop de temps et les scores variaient trop rapidement, je ne suivais plus. Désormais, je n’utilise plus que les réseaux sociaux et mon site internet (www.laclassedejjonet.com) afin de faire évoluer la compétition.

Pour mener à bien le jeu en classe, un carnet est à la disposition des enseignants. Dans celui-ci, ils peuvent inscrire leurs remarques. Celles-ci se traduisent en points toutes les semaines. En plus de ce carnet, j’utilise un fichier excel dans lequel sont notés tous les points par sorcier. Cela permet une vision globale et individuelle à la fois.

Comment fonctionnent les règles et la balises du projet ?

Les élèves sont répartis au hasard dans les maisons de la célèbre saga.

Les points s’attribuent de la manière suivante :

  • Les cotes des élèves aux bulletins se transformeront en points pour leur maison respective.
  • Les professeurs indiqueront dans le carnet de classe (HP) les élèves méritant des points pour leur comportement (participation active, aide d’un camarade, tutorat, action de savoir-vivre,…).
  • Le carnet de classe contient également les remarques négatives qui feront perdre des points à la maison de l’élève sanctionné.
  • J’attribue toujours les points moi-même d’après les remarques du carnet afin de garder la même ligne de conduite durant toute l’année.

Je précise également quelques remarques en début de compétition :

  • Tous les professeurs ne participent pas à l’aventure. Toutefois, les points obtenus pour chaque cours rapportent des points pour les maisons ! Le travail pour le cours d’étude du milieu ne doit donc pas être favorisé par rapport aux autres matières.
  • Si un élève ne participe ou ne travaille pas pour un cours où l’enseignant n’entre pas dans l’aventure, il sera sanctionné et fera perdre des points à sa maison.
  • Ceci est un jeu. Si la confrontation des maisons entraîne des disputes, le jeu sera tout simplement arrêté.

Quels obstacles as-tu rencontrés ?

Cette année, je n’ai pas vraiment rencontré d’obstacles. Pourtant je m’y étais préparé. En effet, je pensais que davantage de professeurs ne souhaiteraient pas participer à l’aventure. J’imaginais également que plusieurs élèves n’aimeraient pas le thème ou le projet. J’avais prévu dans ce cas de mettre en exergue l’esprit d’équipe et de plus miser sur les projets collectifs.

Sur quels soutiens as-tu pu compter ?

J’ai pu compter sur le soutien de ma direction et de l’équipe pédagogique de la classe de 1C11, qui a rapidement approuvé le projet. J’ai également pu compter sur le soutien de mes proches ainsi que leurs conseils qui m’aident dans certains de mes choix.

Depuis la diffusion de la vidéo de présentation sur les réseaux sociaux, d’autres enseignants et certaines personnes extérieures à l’établissement s’intéressent au projet. Je reçois avec joie leurs marques de soutien et je considère leurs différentes remarques afin d’améliorer ce nouveau projet.

Après un trimestre d’essai de cette méthode, quels sont les impacts (positifs et négatifs) mesurés sur ta classe ?

À cet instant de l’expérience, le constat est très positif. En effet, il y a une véritable dynamique de groupe qui s’est créée dans cette classe. Certains élèves diamétralement opposés par leurs attitudes ou centres d’intérêts en viennent à s’entraider simplement car ils défendent la même maison.

Cependant, il arrive que des élèves soient dissipés à certains cours ou qu’ils oublient du matériel. Cela leur fait perdre des points. À cet instant précis, il est édifiant de constater la déception sur le visage des autres membres de sa maison. La pression des autres membres ainsi que l’esprit d’équipe peuvent, je pense, réduire ce genre de soucis.

Quel bilan fais-tu du lancement de projet ? Par exemple les erreurs à éviter, des astuces que tu as découvertes en mettant la main à la pâte, etc.

Pour ne pas être redondant, j’insisterais ici sur les éventuelles erreurs à éviter. Une célèbre expression explique merveilleusement bien la chance dont j’ai fait preuve en débutant : « le hasard fait bien les choses ». En effet, le choixpeau (hasard) a placé les jeunes sorciers de manière plus ou moins équitable dans les différentes maisons. Une compétition équilibrée est essentielle. Si celle-ci est pliée à Noël, il sera difficile d’accrocher les élèves pour le restant de l’année.

Pour conclure, je dirais donc que l’enseignant doit réaliser les équipes en ayant déjà connaissance du niveau de ses élèves afin de pouvoir utiliser ce scénario durant l’année complète.

Des extensions futures sont-elles envisageables ?

Des extensions sont déjà en cours de préparation pour l’an prochain. Cependant, le monde des sorciers réserve encore beaucoup de mystères, je garde donc cela secret jusqu’en septembre 2018.

Quels conseils donnerais-tu à d’autres enseignant(e)s qui souhaiterait se lancer dans un projet similaire ?

Je conseille à un enseignant qui souhaite se lancer de ne pas hésiter. Cela crée une véritable atmosphère positive dans la classe. Cependant, il ne faut pas compter ses heures. Cela reste du travail supplémentaire. A mon sens, il faut dès le début du jeu se donner une ligne de conduite et fixer des règles claires avec les élèves. C’est essentiel afin d’être cohérent et impartial durant toute la durée de la compétition.

FF16 / Pixabay

Merci beaucoup pour ce partage d’expérience et pour m’avoir consacré ce temps et je te souhaite beaucoup de succès dans les couloirs de Poudlard avec tes élèves !

Retrouvez le suivi du projet sur la Page Harry Potter de son site internet.

Voilà, j’en ai fini pour cette première interview PedagoGeek. J’espère qu’elle vous a plu. Qu’en avez-vous pensé ? Vous a-t-elle été utile ? Avez-vous d’autres intervenants du même genre à me conseiller pour faire découvrir leur travail ? Votre avis m’intéresse, n’hésitez donc pas à commenter cet article ci-dessous et à le partager autour de vous 🙂

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